Manifeste

Il était une fois un grand champ dans une vallée. Il était une fois une ribambelle de jeunes fripons et polissonnes qui aimaient le jeu, la musique et la bonne boustifaille. Ils décidèrent d’inviter tout le village et les alentours à se réunir autour d’une activité aussi frivole qu’essentielle : faire des grimaces. Les ménestrels, conteux, clowns et autres pelleteuses de nuages en tous genres rappliquèrent. Pendant trois jours, la musique et les rires fusèrent de partout. Le Festival de la grimace était né.

La Grimace célèbre la créativité et la communauté dans un esprit de partage. La Grimace aime se baigner dans la rivière et faire des roulades dans le foin. Elle danse comme si personne ne la regardait ou s’étend au soleil pour écouter une douce mélodie. La Grimace aime ce qui est tout croche, le bizarre et le merveilleux. La Grimace croit que la résistance passe entre autres par la joie.

Nous ne nous le cacherons pas : les temps sont de plus en plus sombres. Face à la montée d’un pouvoir qui glorifie la dureté, l’homogénéité et la peur de l’autre, nous croyons que notre puissance réside dans nos mille différences, nos extravagances et nos douceurs partagées. Nous croyons qu’en nous rassemblant et en renforçant nos liens, nous nous donnons la force d’affronter les épreuves à venir. Notre folie est sans limite. Notre joie est indomptable. Vive les gueux qui referont le monde!

Les gueux, c’est nous : les maraîchères, les caissiers, les pêcheurs d’algues, les artistes, les infirmières, les professeures, les menuisiers, les rêveuses. Celles et ceux qui tissent des vies dignes et solidaires.

User de toutes sortes d’artifices pour changer de visage, d’apparence, de genre; couvrir son visage d’un foulard pour disparaître, puis réapparaître au moment opportun, les yeux fardés, avec la plus grande grâce sous le feu des projecteurs. Refuser, en tirant la langue, le monde qu’on tente de nous pousser à la gorge, puis en créer de nouveaux, de toutes les façons possibles. Construire de nouvelles cabanes pour mettre en commun un peu plus, chaque fois. Telle est la tâche historique du gueux.

Nous croyons que le fascisme regagne du terrain et que la communauté est encore ce qui peut lui tenir tête. Bravons-le ici avec nos rires et nos accolades, nos chansons et nos souvenirs. Nous en avons bien besoin. 

!!! LONGUE VIE À LA GUEUSERIE !!!